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Mecs

J'ai créé un faux profil Hinge

Cette chronique contient davantage de données qualitatives sur les hommes que certains mémoires d'anthropologie. La méthodologie repose sur vingt ans d'applications de rencontre, quelques erreurs de casting, un faux profil Hinge et un groupe WhatsApp baptisé Meufland.

par Faustine Henry31 juillet 20269 min
J'ai créé un faux profil Hinge
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Le dating n'est plus une rencontre. C'est devenu une discipline de haut niveau

Je pensais sincèrement que le plus compliqué, à quarante-deux ans, serait de rencontrer quelqu'un.

J'avais tort.

Le plus compliqué, c'est de comprendre les règles. Ou, plus exactement, d'accepter qu'elles aient changé sans qu'aucun ministère ne juge utile de nous prévenir.

À vingt ans, il suffisait de tomber amoureux.

À quarante, il faut savoir distinguer un homme réellement séparé d'un homme "émotionnellement séparé", apprendre qu'un « je fonctionne beaucoup au feeling » annonce rarement quelque chose de bon, comprendre pourquoi quelqu'un met quatre jours à répondre mais regarde chacune de vos stories dans les dix-huit secondes, et finir par demander à ChatGPT si « Salut 🙂 Désolé, grosse semaine » traduit une surcharge professionnelle, un style d'attachement évitant ou simplement l'envie de disparaître discrètement.

Je croyais partir à la rencontre d'hommes.

J'ai surtout rencontré un logiciel.

Puis un algorithme.

Puis une politique de confidentialité.

Puis une option Premium.

Puis un homme qui expliquait détester les artifices alors que ses six photos avaient manifestement nécessité davantage de direction artistique qu'une campagne Jacquemus.

Le romantisme est devenu une interface.

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Mon premier terrain d'enquête s'appelait Hinge

Tout a commencé avec un faux profil.

Oui, il était faux.

Enfin... Suffisamment faux pour respecter les règles de mon expérience, mais suffisamment ressemblant pour que plusieurs personnes le signalent.

Je voulais observer.

Comprendre.

Voir comment les hommes se racontent lorsqu'ils pensent qu'ils parlent à une inconnue.

Spoiler.

Je me suis fait bannir.

Je reste persuadée que peu de femmes peuvent dire qu'elles ont été officiellement signalées parce que leur faux profil ressemblait trop à leur vrai visage.

Être accusée d'usurper une version légèrement améliorée de soi-même est probablement l'expérience la plus 2026 qu'il m'ait été donnée de vivre.

Erving Goffman expliquait que nous passions notre vie à interpréter différents rôles selon les situations sociales.

Je ne pensais simplement pas qu'un jour, même mon personnage de fiction finirait par manquer de crédibilité.

Les sciences sociales avancent parfois très vite.

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Notre génération a tout connu. C'est peut-être ça, le problème

Nous avons connu les wizz sur MSN.

Les statuts MSN écrits uniquement pour une personne qui faisait semblant de ne pas les voir.

Les pokes Facebook.

AdopteUnMec.

Puis Tinder.

Puis Bumble.

Puis Hinge.

Nous avons connu absolument toutes les révolutions sentimentales numériques.

À ce stade, nous devrions recevoir des points de fidélité.

AdopteUnMec reste probablement le concept le plus sous-estimé de la sociologie française.

Pendant plusieurs années, nous avons trouvé parfaitement normal de mettre des hommes dans un panier.

Mon ex y a d'ailleurs été beaucoup adopté.

Quand on observe la suite de l'histoire, on se dit simplement qu'un système d'avis vérifiés aurait peut-être rendu service à tout le monde.

Puis est arrivé Tinder.

Le premier geste amoureux du XXIᵉ siècle est devenu un mouvement de pouce.

Nous sommes probablement la première génération à avoir ressenti un véritable pic de cortisol parce qu'elle venait de swiper à gauche quelqu'un qu'elle voulait swiper à droite.

Deux secondes.

C'est le temps nécessaire pour traverser les cinq étapes du deuil.

Évidemment, revenir en arrière coûte 9,99 € par mois.

Le capitalisme a fini par comprendre que le regret était un modèle économique extraordinairement rentable.
§

Les profils Hinge sont devenus des bandes-annonces

Il existe aujourd'hui une grammaire extrêmement précise du profil masculin.

  • Le néo-hippie,
  • Photo en van,
  • Golden Retriever,
  • Chemise en lin,
  • Citation de Carl Jung,
  • Bain nordique,
  • Café de spécialité.

Le tout accompagné d'une bio expliquant qu'il cherche "quelqu'un de simple".

Trois rendez-vous plus tard, on découvre un courtier qui suit les marchés asiatiques à 6 h 30, optimise son PER entre deux podcasts de finance comportementale et termine tous ses vendredis sur un set électro au plan d'eau de Pont-à-Mousson.

Les profils ne mentent pas.

Ils pitchent.

La différence est subtile.

Un profil Hinge ressemble aujourd'hui davantage à une campagne de personal branding qu'à une présentation sincère.

On ne cherche plus à être aimé. On cherche à être sélectionné.

Comme sur LinkedIn.

Avec un peu plus de barbe et un peu moins de PowerPoint.

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Les copines sont devenues un comité scientifique

Aucune femme quadra ne date seule.

Elle croit qu'elle date seule.

En réalité, elle est accompagnée d'un comité stratégique composé de cinq femmes, de quatorze captures d'écran, de trois notes vocales, d'une amie qui commence toujours par « Je vais être honnête… » et d'une autre qui prononce invariablement la phrase :

Attends... Envoie toute la conversation.

À partir de là, plus personne ne cherche l'amour.

Nous cherchons des motifs.

Des récurrences.

Des biais.

Des corrélations.

Le CNRS ignore encore notre existence.

Pourtant, le groupe WhatsApp Meufland produit probablement davantage de données qualitatives sur les hommes de quarante ans que certains laboratoires de recherche.

Certaines collectionnent les matchs.

Nous, nous collectionnons les comportements.

Djadja, il y en aura toujours.

Les études de cas aussi.

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